Quand les institutions s’en mêlent… sans s’emmêler

12:35 LeMondeInformatique.fr, Non classé, Système d'information, logiciel

Tout a commencé avec une interview de NKM. Une discussion green IT avec une ministre, sans avoir à vérifier si elle maîtrise le 2.0, j’avoue que ça fait plaisir. Mais, ma surprise (agréable) de rencontrer un politique aussi compétent sur le numérique que sur le développement durable et sur les liens entre les deux n’allait pas être la seule. Le mois de mars est bien le mois du printemps. Et le green IT a fleuri, au moins dans les textes rédigés par ou pour nos institutions.

Ainsi a été publié il y a quelques jours, le rapport TIC et développement durable (vous avez dit green IT ? ) que Jean-Louis Borloo avait demandé à l’automne dernier. Cent pages, excusez du peu, et sans tirage à la ligne. Cerise sur le gâteau bio : l’Union européenne elle-même s’est fendue d’un texte, certes plus succinct mais qui a le mérite d’exister, sur le sujet. (Bon, l’administration Obama avait un peu grillé tout ce beau monde sur le coup, mais ne nous plaignons pas. Nous n’avons pas attendu 10 ans pour nous réveiller).

Il semblerait donc que les institutions aient décidé de donner un petit coup d’accélérateur au green IT.

Qu’il s’agisse de notre secrétaire d’Etat au Numérique, du rapport destiné à Jean-Louis Borloo ou de celui concocté par l’Europe, le périmètre est bel et bien celui du green IT dans toute son ampleur: Les TIC consomment. Elles polluent. Et il faut s’atteler à résoudre ce problème. Certes… Certes, mais ! Certes, mais les TIC sont un outil indispensable, inévitable, précieux pour réduire globalement notre consommation énergétique (et plus largement notre consommation de ressources naturelles) et notre empreinte carbone. Ainsi ont parlé les institutions françaises et européennes.

Bien sur, pour l’instant, tout ceci n’est que document. Mais au moins le constat est juste et plutôt précis.

Les deux rapports préconisent pour commencer d’améliorer les outils de mesure. De travailler à une mesure plus homogène, plus efficace et plus régulière de la performance énergétique des équipements. De la mesure en toute chose…

Le rapport français imagine un bonus-malus sur les télévision à écrans plats… Facile ! Oui. Mais il préconise aussi des crédits d’impôts pour les vertueux propriétaires de datacenters qui réutiliseraient la chaleur émise pour chauffer des bâtiments ou autres. Moins évident, ça, hum ?

Le texte publié par l’UE, plus léger que le texte français, évoque un autre élément intéressant : une collaboration plus importante du secteur TIC avec les plus « polluants » des autres secteurs de l’économie. Le bâtiment, bien sur, mais aussi les transports. En utilisant par exemple : la logistique. Comment optimiser les transports de marchandises ou de personnes, sinon en imaginant des itinéraires, « multimodaux » comme on dit dans le jargon du transport ? Et comment y arriver sinon en utilisant des algorithmes et des logiciels adeptes de recherche opérationnelle, mais aussi capables d’intégrer des informations nombreuses et de types différents (modes de transport, lieux, types de marchandises, environnement, réseau routier/aériens/ferroviaires/fluviaux, etc.) ? Pour le rapport français, cette « logistique intelligente » éviterait jusqu’à 54 Mt d’émissions de gaz à effet de serre dans l’Hexagone.

Bien. Reconnaissons le. Tout cela est un peu techno-enthousiaste. Et il ne faut nullement occulter les risques potentiels pour la santé des TIC ou la pollution qu’elles représentent. Mais cela nous change des longues années de techno-rejet et de l’étrange voile qui est longtemps resté posé sur la possibilité d’utiliser les TIC au profit du développement durable. Qui plus est, on entrevoit dans ces deux documents les prémices d’une analyse systémique des liens entre TIC et développement durable. Une vision globale qui n’isole pas les TIC du reste de l’économie, qui n’isole pas son impact négatif de son impact positif sur la planète, qui n’isole pas la mesure de la consommation énergétique de celle de la pollution chimique ou des émissions de CO2, qui ne sépare pas les mesures et les actions, etc. etc.

Il ne nous reste plus qu’à observer attentivement la concrétisation de toutes ses propositions, recommandations et autres préconisations.

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